Initialement, l'Eden était une salle de spectacles, inaugurée le 16 juin 1889, qui accueillait des spectacles de variété (théâtre, concerts), mais aussi des galas sportifs (boxe, lutte gréco-romaine, etc.). En 1895, s'y déroula la première projection cinématographique privée organisée par les frères Lumière.

Le mot de l'architecte, Nicolas Masson :

Dans la réhabilitation, l’enjeu n’est pas seulement architectural ou scénographique. L’EDEN a une place importante dans la mémoire des habitants de La Ciotat et des cinéphiles. Travailler avec ce double imaginaire est un enjeu supplémentaire et a constitué le fondement de notre démarche. Le site est porteur d’une histoire incroyable : celle du Cinéma tout simplement ! Car si l’EDEN n’est pas le premier lieu dans lequel il y eut des projections de cinématographe, il est considéré comme le plus ancien cinéma du Monde. Et ce n’est pas vraiment un hasard si c’est à La Ciotat que les frères Lumière tournèrent certaines de leurs premières images, car ici la lumière est exceptionnelle.

Personne ne peut dire si l’EDEN a été choisi par hasard pour être le théâtre de cette première projection payante. Mais depuis plus d’un siècle, ce cinéma existe toujours. À ce titre, il doit être considéré avec tous les égards que lui confèrent le statut de plus ancienne salle de projection du monde. Cette aura est à l’image du cinéma, quasi magique, même si au fil du temps l’EDEN s’est abîmé et endormi. Mais il est toujours chargé de symboles forts. Le lieu n’est pourtant qu’un ancien théâtre à l’Italienne de facture très classique, sans vraie qualité architecturale.

Un lieu plutôt modeste qui provoque une certaine empathie à son égard. Les intentions de réhabilitation, sans négliger l’aspect patrimonial, ne doivent pas pour autant figer ou emprisonner le sens et le contenu à donner à ce projet : l’EDEN est un point de centralité historique, genèse d’un art nouveau qui fut projeté dans un lieu alors dédié au spectacle vivant. C’est donc un lieu de découverte, d’une mémoire vivante, filmée, que l’on peut invoquer et faire surgir, sur des murs, des écrans, dans le ciel : c’est la force du cinéma d’être un « art vivant du figé ». Cette notion doit être rappelée et mise en lumière à la fois dans le projet architectural et dans le contenu.